“Booonne appétit’ !”

23 05 2008

J’ai toujours été fasciné par la façon dont le serveur prononçait “Booonne appétit’ !” dans cette scène mémorable de Brazil. Surtout qu’il vient de servir à ces messieurs dames des espèces de boules de glace saveur Magret de canard croustillant aux coings et sa floraison légère de petits légumes de saison. Miam !

Étant gosse, je ne voyais pas ça comme une vision futuriste des dérives de la mal-bouffe, mais comme la conception anglaise et contemporaine du dîner au restaurant. C’est donc avec une certaine inquiétude que j’ai posé mes bagages de l’autre côté de la Manche…

Foin de suspense, j’avais tout faux.

Enfin, presque tout. Les Anglais aiment bien manger, et aiment bien bien manger. Cambridge recèle d’excellents restaurants indiens bien sûr, mais aussi italiens, croates, japonais, … Je vous recommande en particulier le formidable Cafe Adriatic où j’ai mangé la meilleure salade de poulpe de toute mon existence. Oui, bon évidemment, il n’y a pas, ou peu, de restaurants anglais à part les fish-n-chips et les pubs [1]. Probablement parce que les Anglais ont du mal à avoir un rapport simple, entier, avec la nourriture. C’est un mélange de sacralisation et de complexe. Pendant qu’ils pensent et théorisent, nous, on mange.

Et de fait, pour ce que j’en vois, les Anglais ont la langue bien pendue quand il s’agit de parler bouffe. J’en connais même un qui pourrait vous faire saliver en 3 minutes, même après un petit déjeuner trop chargé, en vous décrivant comment préparer des aubergines… Je ne vous parle pas du vin, j’y consacrerais un article un autre jour, quand j’y verrai plus clair. Juste en un mot, les Anglais ont non seulement une connaissance des vins qui dépasse celle de la plupart des Français (pendant qu’ils lisent l’étiquette, nous on boit la bouteille), mais en plus c’est une connaissance internationale parce que les bons vins qu’ils boivent viennent du monde entier. Bref, le mythe de l’Anglais qui se nourrit de viande bouillie à la menthe, de patates à l’eau et de petits pois fluorescents, je crains bien que ça ne soit qu’un mythe.

Mais si le fait de penser à ce point son alimentation a l’avantage de les rendre si habiles dans leurs descriptions culinaires, ça peut aussi surprendre le Français de passage. Voici quelques indications pour comprendre les attitudes alimentaires des Anglais :

“Je suis végétarien”

Cette phrase dans la bouche d’un Français signifie soit “je n’ai jamais touché à un morceau de viande, c’est mal de tuer les animaux”, soit “depuis que j’ai compris que c’était mal de tuer les animaux, j’ai arrêté de manger de la viande”. Comme peu de Français peuvent comprendre le végétarisme, ou au moins le besoin de l’affirmer publiquement, il sera toujours considéré comme un signe de folie, qui comme chacun sait, est une maladie incurable. De fait, les végétariens Français le sont ad vitam eternam.

Dans la bouche d’un Anglais, être végétarien peut signifier un tas de choses. Par exemple, un Anglais ayant séjourné aux États-Unis dira facilement qu’il y était végétarien parce que la viande n’y était pas bonne (hé oui, c’est de là que venait la vache folle, rendez-vous compte !). Ou qu’il était végétarien pendant ses études parce que la viande, c’est trop cher. En clair, il n’y a pas forcément de relation avec de quelconques convictions.

“Mais vous mangez vraiment les bébés animaux !?”

Ben oui pourquoi ? Les Anglais peuvent savoir tout sur l’art d’accommoder les plats, mais leur connaissance s’arrête strictement à l’état d’ingrédient acheté chez le marchand d’ingrédients. N’allez pas raconter qu’un canard est un oiseau avec des plumes et des ailes. Un canard, c’est de la viande, un point c’est tout. N’allez pas expliquer qu’on ne mange pas souvent du mouton parce que c’est un peu fort, et que généralement on mange plutôt de l’agneau, du bébé mouton quoi (c’est tellement mignon, et tellement bon… grillé).

En Angleterre, des groupes activistes font les gros titres en menaçant des restaurants de représailles s’ils vendent encore du foie gras à leur clientèle. À Cambridge, un restaurant étoilé a retiré le foie gras de sa carte après avoir subi des attaques répétées. Je n’ose pas imaginer, en France, ce qu’il adviendrait d’un activiste (il ne pourrait y en avoir plus d’un) qui aurait ce genre de revendication… peut-être finirait-il en boudin ?

Cependant, cet activisme a permis de maîtriser certains aspects du développement débridé de l’élevage industriel. Il semble par exemple, que l’élevage de veaux en cage soit interdit au Royaume-Uni depuis 1990, alors qu’il ne l’est dans le reste de l’Europe que depuis 2007.

Mais oui on trouve de tout… chez M&S

Oui, c’est un peu la Samaritaine des Anglais, M&S. Et puis Sainsbury’s, Tesco, Waitrose… D’excellents vins (un peu chers) provenant du monde entier. Vous pourrez ainsi découvrir à votre guise les étonnants vins australiens, néo-zélandais et sud-africains. D’incroyables fromages anglais : le Blue Shropshire, le Belvoir, le Stilton, de fabuleux Cheddars, ou un coulant brie du Somerset. Des rayons entiers de pains dans les supermarchés, avec toutes sortes de graines, de mies, de croûtes, de formes, de… Je ferai un article complet sur les supermarchés.

En bref, l’Angleterre est un bonheur pour les fines bouches. Tout ce qu’il manque ici, c’est du saucisson sec.

[1] Visitez le Kingston Arms, un très bon “gastropub”. Non rien à voir avec la gastro… Vous risquez seulement de très bien manger et de déguster de très bonnes bières.


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Une réponse vers ““Booonne appétit’ !””

23 05 2008
Bonne pluie (16:48:34) :

Excellent article ! Très drôle et bien écrit! Bravo !!

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